French Tech

Depuis le début de l'histoire de la French Tech, j'avais comme un sentiment de truc pas net... Jusque là, je ne comprenais toujours pas ce qui me dérangeais tant, à part bien sûr tout ce franglais que je trouve assez étrange d'utiliser de la part d'un État, qui, aux dernières nouvelles, est juste français. (Je passerais là-dessus, étant donné qu'en tant que développeur, je passe mon temps à utiliser des termes anglais au milieu de mes phrases...)

Bref, c'est en lisant l'article de présentation de la French Tech que j'ai compris le hic. Je vous recommande vraiment de le lire en essayant de comprendre le but de l'opération. Qu'est-ce que la French Tech ? À quoi ça sert ? Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en tirer ? Qui va en profiter ?

Pour ma part, la seule réponse que j'ai trouvée est : pas de réponse. On n'en sait pas plus après lecture de l'article. Tout ce qu'on comprend, c'est qu'on va aider les startups françaises, les financer, parce que les startups c'est bien, les startup c'est la modernité, c'est le rayonnement de la France à l'international. Sauf que tout ça ne tient sur rien : une startup, c'est un concept on ne peut plus abstrait, c'est juste un mode de fonctionnement. Si demain toutes les startups françaises décident de se lancer dans la fabrication de cure-dents atomiques ou de saucisson aux herbes, on va pas rayonner loin !

Alors bien sûr, j'exagère, il est bien évident qu'une ou deux startups vont produire quelque chose d'intéressant, d'innovant sûrement. Mais pour combien de projets complètements cons ou déconnectés de la réalité ? J'ai vu, lors de l'inauguration de la cité des objets connectés à Angers, une boîte qui proposait un système de navigation et de contrôle pour les yachts. LES YACHTS. Ça tombe bien je savais pas quoi foutre du mien qui traîne dans mon garage !

Corrigez-moi si je me trompe, mais je n'ai trouvé aucun critère de sélection sur le site, à part que la bourse French Tech "couvre l'innovation sous toutes ses formes" — on notera en passant un bel exemple de novlangue avec le mot "innovation", qui veut tout et surtout rien dire.

Tout ça fait de la French Tech un projet politiquement nul.

On aurait pu attendre d'un état socialiste qu'il fasse la promotion des SCOP par exemple, qui portent des valeurs plus fortes et couvrent des domaines d'activité sûrement beaucoup plus larges que les startups, mais bon...

Sauf que les startups, ça fait vachement plus classe, ça fait américain, ça déconne pas. Alors on joue là-dessus, en nous faisant croire qu'elles vont changer le monde. Et tout ça nous ramène à cette idée que la technologie va résoudre tous les problèmes. Sauf que pour travailler dans la technologie, je peux vous assurer qu'elle cause souvent autant de problèmes qu'elle en résout.

Mais ça va créer de l'emploi ma bonne dame !

On le connait bien cet argument massue, surtout en ce moment. Mais ça va créer de l'emploi pour qui ? Parce que non, tout le monde ne veut pas — ou ne peut pas — travailler dans les nouvelles technologies, on ne peut pas simplement demander à tous les chômeurs ou futurs diplômés de bien vouloir se réorienter, parce qu'au fond ils pourraient bien se bouger un peu le cul et réfléchir au prochain Uber. Les gens qui vont prendre ces boulots seront donc ceux qui étaient destinés à les occuper, ces fameux mâles blancs bien éduqués.

Mais ça va booster l'économie !

Mouais. Déjà, combien de startups vont faire partie du mouvement ? Est-ce que ça aura vraiment un poids déterminant sur l'économie du pays ? Et puis surtout, comme on a aucun contrôle sur rien (encore une fois corrigez-moi si je me trompe), qu'est-ce qui empêche une boîte qui marche de s'expatrier, de payer ses impôts aux îles Caïman, et de se faire racheter tranquillement par Google, le tout bien sûr sans avoir investi quoi que ce soit en France ? Ça c'est du rayonnement !

Enfin voilà... J'imagine qu'il y aura tout un tas d'exemples pour me contredire, de belles idées, des trucs malins qui nous feront dire que oui, en France on est quand même pas des branques. J'espère en tous cas. Mais je me méfie.

À lire aussi sur le sujet :

PS : En tous cas, à voir cette infographie, on ne se soucie pas trop des handicapés dans la French Tech, à moins que les lecteurs d'écrans sachent déchiffrer les images ? C'est pas joli joli ça, de la part d'un ministère !

Par , le .

Commentaires

  • Non, une startup n’est pas juste un concept ou un mode de fonctionnement. Une startup apporte un concept comme projet, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. En effet, une startup pourrait très bien être une entreprise individuelle (mais bon, pour obtenir des aides financières…), ou une SARL, une SAS ou bien encore une SCOP. Ça structure juridique est indépendante du concept qu’elle amène (qu’il soit génial ou absurde).

    D’où l’intérêt d’utiliser le terme Français « jeune pousse », qui est à mon sens plus explicite. Une startup est donc une jeune entreprise dont on a l’espoir qu’elle grandira vite et que le retour sur investissement sera juteux.

    En revanche, je te rejoins sur le fait que tout le monde ne va pas bénéficier de la « révolution » numérique. Comme tout grand changement dans la société, un certain nombre vont rester sur le carreau. Ceux qui ne seront pas en mesure (ou ne voudrons pas) s’adapter.

    Toutefois, même si l’initiative gouvernementale est mal ficelée, il serait dangereux de passer à côté de ce changement et de ne rien tenter. La France a, par le passé, raté deux « révolutions ». Celle de l’électronique et celle de l’informatique. Il serait regrettable, encore une fois, de prendre le train en marche et espérer rattraper notre retard.

    En résumé, toute initiative en se sens est bonne à prendre, même si ce n’est pas la panacée.

    • Effectivement, la forme juridique reste à l’appréciation des entrepreneurs, mais de ce que j’ai pu voir il y a quand même quelques formes (très) privilégiées, du fait que le mode de fonctionnement est semblable dans beaucoup de startups.

      Ce qui me pose vraiment problème, c’est que ce soit une forme d’organisation très prisée par un certain type d’entrepreneurs, à priori plutôt axés sur le numérique, et probablement plus pour lever des fonds que pour améliorer la vie de qui que ce soit.
      Et comme les règles du jeu sont assez floues, j’ai peur qu’on se retrouve à financer des projets dont on pourrait bien se passer.
      Un très bon article à ce sujet : http://www.lepostillon.org/J-ai-rencontre-Ceuxquifont-de-la.html

      Sinon, il est vrai que ce serait dommage de rater le coche encore une fois. Avec un peu de chance, peut-être que la FranchTech saura démocratiser ce type d’entrepreneuriat pour l’ouvrir à des projets plus variés.

      PS : Je n’avais jamais entendu le terme « jeune pousse », c’est tout à fait adapté mais je ne pense pas que ça fasse fureur parmi les communicants 😀

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